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Actualité en France

Weekend de résistance anti-fasciste à Calais, 5-7 septembre

Ces derniers temps nous avons connu une montée importante d’attaques contre activistes, bénévoles des associations et migrant.e.s. Des camarades ont été attaqué.e.s durant la nuit par des bandes armées de couteaux, de matraques téléscopiques et de gaz lacrimogène. Une bénévole connue par tou.te.s a échappé de justesse à une tentative d’enlèvement; un groupe de fascistes ont essayé de la traîner dans une voiture. Surtout à Calais nous ne pouvons pas faire confiance à la police pour une protection. Durant l’hiver passé la police est restée passive quand Sauvons Calais et d’autres fascistes ont attaqué un squat pendant une semaine, avec des projectiles, des cocktails molotov et des hâches pour essayer de rentrer dand la maison.

Il n’y a pas de place pour des fascistes à Calais. Nous allons resister contre ce rassemblement néo-nazi. Nous allons résister contre la vague actuelle d’attaques fascistes dans les rues. Mais vu le nombre inconnu de néo-nazis (des centaines?) qui vont arriver, nous ne pourrons pas le faire tout seul.e.s. Nous appelons les anti-fascistes de toute la France, de toute l’Europe, de nous rejoindre pour un rassemblement de solidarité pendant le weekend du 5-7 septembre.

Nous avons besoin de votre soutien pour arrêter la manifestation de Sauvons Calais. Nous avons besoin de votre soutien pour défendre les maisons et les lieux de rencontre sous attaque. Nous invitons aussi des musiciens, réalisateurs de films et autres pour se joindre à nous et pour créer un festival international de résistance! De 1940 à 2014 des français et des immigrant.e.s de toute la planète se sont réuni.e.s à plusieures reprises pour vaincre le nazisme. Nous voulons célébrer cette tradition avec des actions, mais aussi avec des évenements comme des concerts, des projections de films, des discussions et plus. Toutes les propositions et expressions de solidarité dans les jours à venir sont bienvenues.

Hayange : manif contre la récupération nationaliste de la mémoire des mineurs

Décidément, le maire Front national d’Hayange, Fabien Engelmann, aime la peinture au rouleau. Après avoir repeint en bleu une sculpture de la ville sans en parler à l’artiste, voilà qu’il a remis ça en repeignant en bleu-blanc-rouge les wagonnets des mines qui servent de bacs à fleurs depuis la fin de l’exploitation de la mine de fer de la ville : comme un peu partout dans les régions minières, c’est une façon d’entretenir la mémoire des mineurs. Mais c’est oublier que bon nombre de mineurs n’avaient pas la nationalité française…

L‘association « Hayange plus belle ma ville« , qui s’oppose à la mairie frontiste depuis son élection, avait ainsi appelé à manifester hier : « Récemment, la mairie FN de Hayange (57) a cru bon de repeindre aux couleurs nationales des wagonnets des mines de fer de la ville, symboles parmi les plus forts du passé social et industriel de notre ville et de notre vallée. Par cette récupération symbolique de notre patrimoine local, le Front national prend en otage l’histoire industrielle et sociale de Hayange ! » Pour rappeler que plus de seize nationalités différentes se côtoyaient dans les mines : pour répondre aux coups de pinceaux du FN, plusieurs dizaines de personnes sont venus planter des  drapeaux des différentes nationalités des mineurs : « Italiens, Polonais, Algériens, Espagnols, Portugais, Turques, Capverdiens, Marocains, Ukrainiens, Solvènes, Russes… Quel aurait été l’essor du fer de Lorraine et la prospérité de la France sans les milliers d’ouvriers immigrés venus de tous pays et de tous horizons pour travailler dans nos mines et nos usines et participer à l’effort national? Nous le répétons et nous le défendons : la ville de Hayange s’est construite à la sueur de l’immigration ! Le nationalisme n’a pas de place légitime dans notre région ! Hier comme aujourd’hui, quand plus de 100 000 lorrains passent la frontière chaque jour pour travailler ! » déclare l’association, qui invite aussi à faire signer une pétition.

Quand le FN transforme le conseil municipal en tribunal politique pour lyncher une enseignante héninoise

Motion Christine CogetC’est  la motion de la  honte. Mardi soir, sur les tables des conseillers municipaux, le FN avait déposé une motion pour condamner la directrice de l’école maternelle Pantigny, par ailleurs militante socialiste et ancienne élue d’opposition entre 2002 et 2009.

Au cours d’une intervention hallucinante, Laurent Brice, premier adjoint en charge des sports et rapporteur de la motion a procédé à un véritable lynchage public de Christine Coget, avec une grande lâcheté dans la mesure où Mme Coget n’est plus élue et était dans l’incapacité de se défendre.

Avec mes collègues du groupe « Agissons unis pour Hénin-Beaumont », j’ai défendu Christine Coget contre les attaques inadmissibles du FN qui accuse la directrice d’école d’avoir pris un arrêt maladie de complaisance en avril après la victoire du FN et d’annuler la kermesse et un voyage scolaire pour des raisons politiques. La motion présentée au conseil municipal mardi soir accuse Christine Coget de « bafouer les principes de neutralité et de continuité du service public » et demande au rectorat des sanctions contre la directrice d’école.

Hallucinant !

La motion frontiste est parfaitement diffamatoire et Christine Coget pourra bénéficier de la protection fonctionnelle de l’éducation nationale pour engager une plainte en justice. Aucun IEN ne peut laisser passer ce genre d’attaques contre une enseignante dans l’exercice de ses fonctions. Christine Coget sera évidemment soutenue par son inspecteur et par sa hiérarchie. Avec le FN à la mairie, les frais de contentieux risquent d’exploser, contrairement à ce que racontait Steeve Briois lors du conseil consacré au vote du budget…

Notre groupe d’opposition transmettra à Christine Coget le procès-verbal de la séance avec l’intégralité des propos tenus contre l’enseignante. Christine Coget est tout à fait en droit de porter plainte contre Steeve Briois, Laurent Brice, Bruno Bilde et Aurélia Beigneux, qui sont intervenus dans le débat et ont tenu des propos inadmissibles.

Les frontistes ont remis en cause la rectitude professionnelle de l’enseignante, en affirmant que la décision du conseil des maîtres de l’école de ne pas organiser de kermesse à la suite de l’absence de deux enseignantes était une opération de « représailles politiques » de Christine Coget contre le FN et une prise en otage des enfants. Apparemment, les frontistes veulent apprendre leur métier aux enseignantes de l’école Pantigny… Quelle est la légitimité des élus F-haine pour contester une décision pédagogique prise par l’équipe enseignante ?

Par ailleurs, à ce qu’on sache, l’organisation d’une kermesse ne figure nullement dans les obligations de service d’un professeur des écoles. Aucun tribunal ne suivra la municipalité Front National sur ce terrain. Aucun tribunal ne suivra une municipalité qui présente une motion nominative contre une enseignante en l’accusant d’être une « girouette politique« , d’être « odieuse« , de faire « régner la terreur » sur son école comme on l’a entendu hier sous les applaudissements de supporters fachos aussi bêtes que méchants…

Ces propos tenus en conseil municipal ne prouvent qu’une chose : la haine de l’extrême droite contre une de leurs adversaires politiques. Après Christine Coget, à qui le tour ?

Non contents de se permettre de juger de l’état de préparation des élèves pour leur spectacle de fin d’année et d’inventer à la directrice des obligations de service qui ne figurent dans aucun texte, Bruno Bilde et Aurélia Beigneux, l’adjointe aux affaires sociales, ont gravement diffamé Christine Coget et son médecin traitant en évoquant un « arrêt maladie de complaisance pour des motifs politiques ». M. Bilde et Mme Beigneux seraient-ils médecins ?

Comme enseignant et comme conseiller municipal, j’apporte à Christine Coget tout mon soutien en attendant que les tribunaux lui rendent justice.

Pourquoi le PCF résiste mieux aux municipales qu’aux autres élections

Depuis les années 1990, les élus communistes locaux prennent leurs distances avec l’appareil national, explique le sociologue Julian Mischi. Interview.

Lors de la Fête de l'Huma, en septembre 2011, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Depuis l’apogée du communisme municipal, en 1977, le Parti communiste a perdu la moitié de ses mairies. Mais à la veille des élections municipales des 23 et 30 mars, le PCF dirige encore 726 communes, dont 28 villes de plus de 30 000 habitants. Le parti, qui a subi ces dernières décennies de lourds revers au niveau national, résiste plutôt bien dans ses bastions. Pour comprendre ce paradoxe, francetv info a interrogé le sociologue Julian Mischi, coauteur de l’ouvrage Les territoires du communisme, paru en 2013 (1).

Francetv info : L’érosion électorale du PCF est moins marquée aux élections locales qu’aux élections nationales. Comment l’expliquer ? 

Julian Mischi : Au vu de la chute de son audience aux élections présidentielles et législatives depuis la fin des années 1970, on peut estimer que le Parti communiste a relativement bien résisté lors des scrutins municipaux et cantonaux même si, à la longue, ses forces se réduisent drastiquement. Il y a aujourd’hui près de 10 000 élus dans les mairies, membres du PCF ou « apparentés ».

Cette puissance relative du PCF à l’échelon local s’explique notamment par les stratégies d’autonomisation des élus. Depuis les années 1990, les élus et candidats proches du PCF ne mettent pas en avant leur lien avec le parti lors des campagnes électorales et ils ont pris leurs distances avec l’appareil national. Ils se présentent de manière relativement individuelle et n’ont donc pas trop souffert du déclin de l’image du PCF dans l’opinion. Beaucoup, notamment en région parisienne, sont des communistes critiques qui se sont parfois opposés aux dirigeants du PCF, ceci dès les années 1980. Les dirigeants se sont progressivement accommodés de cette situation et laissent désormais les élus agir à leur guise, le principal étant pour eux de maintenir les mandats.

Sur quels types de territoires les élus PCF sont-ils les plus nombreux ?

Les élus communistes bénéficient d’une forte implantation dans les territoires très populaires où les autres forces ont longtemps été absentes, et c’est aussi l’une des explications de leur résistance à l’échelon local. Jusqu’à la dernière période, leurs adversaires, qui se recrutent surtout dans les fractions aisées de la population, peinaient à constituer des listes dans des villes populaires où, du fait de cette sociologie, ils étaient peu implantés. La force locale du PCF dans les banlieues populaires et les bassins industriels repose souvent sur l’engagement d’ouvriers syndicalistes qui ont accédé au pouvoir local durant les années 1950, 1960 et 1970, pouvoir qui a été transmis aux élus communistes actuels.

La situation locale du PCF doit être aussi rapportée à la longévité générale des carrières politiques en France et au faible renouvellement des élites politiques : les élus PCF gèrent un héritage qui s’érode, mais il est toujours plus facile de se maintenir au pouvoir local que de conquérir une municipalité. D’autant qu’ils mènent souvent une politique locale volontariste, qui rencontre les attentes des populations administrées que l’Etat central tend par ailleurs à délaisser.

Sur le terrain, en quoi les politiques menées sont-elles différentes dans les villes communistes ?

L’ampleur des dépenses sociales singularise la gestion des villes communistes, d’autant plus qu’elles ont été aux prises avec la désindustrialisation amorcée dès les années 1960. Ces villes se caractérisent aussi par la construction de nombreux logements sociaux, réalisés par des offices publics ou des sociétés d’économie mixte. Ces spécificités tendent à s’estomper avec le temps, mais les municipalités gérées par le PCF peuvent souvent faire valoir des services publics plus étendus que dans les autres communes.

Les municipalités communistes se distinguent aussi des autres équipes municipales par leur composition sociologique. Certes, comme pour les autres partis, les classes populaires sont peu présentes parmi les élus du PCF, mais ces derniers en sont plus fréquemment issus. Souvent d’origine modeste, ils ont connu une ascension sociale, en particulier à travers la fonction publique, alors que les élites municipales du PS et surtout de l’UMP se recrutent largement dans la bourgeoisie économique et parmi la haute fonction publique d’Etat. Ce sont souvent les communistes qui font entrer des ouvriers et des employés au sein des municipalités qu’ils gèrent avec le PS, car ces catégories sont quasi-absentes des listes socialistes.

Le PCF peut-il espérer conserver ses bastions lors des élections qui viennent ?

Il n’est évidemment pas question de prédire l’avenir, d’autant que les dynamiques à l’œuvre peuvent être contradictoires. Le maintien des élus locaux du PCF s’avère difficile à articuler avec la stratégie d’alliance avec d’autres formations de la « gauche de la gauche » au sein du Front de gauche. Cette stratégie est menée depuis 2009 et a permis un renouveau militant du PCF, qui cesse de perdre massivement des adhérents et se rajeunit. Elle a aussi assuré un enrayement de son déclin électoral à l’élection présidentielle de 2012 lorsque le PCF a soutenu Jean-Luc Mélenchon.

Cette dynamique du Front de gauche conduit à une baisse du nombre d’élus communistes du fait des rivalités qu’elle a induites avec les socialistes. Malgré de bons scores, le PCF a ainsi perdu beaucoup d’élus aux dernières élections cantonales et régionales et il va en perdre d’autres aux élections municipales. C’est, semble-t-il, le prix à payer pour un renouvellement de l’organisation militante. Le prix à payer aussi pour éviter que le PCF ne repose localement que sur ses élus.

Cependant, pour ces municipales, dirigeants et élus communistes ont préféré refaire alliance avec le PS dans de nombreuses villes et ainsi éviter de perdre des positions électives. En favorisant le retour à une configuration classique d’union de la gauche PCF-PS, ils mettent à mal la dynamique militante. C’est pourquoi derrière la question du maintien des élus dans le futur, il faut aussi se poser la question de celle des réseaux militants.

France / Coupe du monde: Marine Le Pen veut « mettre fin à la double nationalité » après les incidents post-matchs de l’Algérie

« Il faut choisir, être français ou être autre chose. On est Algérien ou on est Français. On est Marocain ou on est Français », a-t-elle martelé à l’antenne. La présidente frontiste s’est dite inquiète « des conséquences des matches de l’Algérie sur la situation de [ses] compatriotes ». Et d’ajouter : « Je remarque donc que nous allons aligner, [pour une rencontre France-Algérie], des dispositifs policiers aussi importants que pour un 14 Juillet. »

Selon elle, les précautions policières prévues pour la rencontre Algérie-Allemagne, lundi, sont « la démonstration de l’échec total de la politique de l’immigration et le refus exprimé, par un certain nombre de binationaux de l’assimilation ».

Le FN échoue à créer un groupe eurosceptique au Parlement européen

La présidente du Front national Marine Le Pen n’a pas réussi à rassembler assez de partis eurosceptiques pour former un groupe au Parlement européen. Après un communiqué diffusé par l’allié néerlandais du FN, Geert Wilders du parti de la liberté (PVV), le frontiste Florian Philippot a confirmé cet échec à Europe 1 :« nous étions plusieurs partis, mais il faut sept pays et cette fois là, ce n’est pas passé ».

Les partis avaient jusqu’à lundi 23 juin minuit pour s’enregistrer en tant que groupe parlementaire pour la première session du nouveau Parlement européen, prévue au 1er juillet, après les élections européennes du 25 mai. Geert Wilders et Marine Le Pen avaient conclu un accord avant les élections en vue de « détruire [l’Europe] de l’intérieur », après un vote marqué par une forte poussée des eurosceptiques dans de nombreux pays.

Lire : Vague europhobe sur le Vieux Continent

 

 

Pour constituer un groupe, les règles européennes exigent qu’au moins sept des 28 pays membres de l’UE soient représentés : au moins 25 députés (sur un totalde 751) issus de sept pays différents sont requis. Si le nombre de députés n’était pas un problème, les partis eurosceptiques ont eu du mal à concilier des points de vue parfois antagonistes.

Geert Wilders du PVV a ainsi expliqué lundi soir que coopérer au sein de ce groupe avec un parti d’extrême droite polonais, le Congrès de la nouvelle droite, taxé d’antisémitisme et de mysogynie était aller « trop loin » à ses yeux.

Il a dit espérer tout de même former plus tard un groupe parlementaire, en continuant à coopérer avec le Front national, le Vlaams Belang belge, le FPÖ autrichien et la Ligue du Nord italienne.

« Le Parti de la liberté veut un groupe parlementaire mais pas à n’importe quel prix. »

Le constat était similiaire pour le bras-droit de Marine Le Pen, Florian Philippot. Il assure :

« On aurait préféré en avoir un, mais on peut toujours le fairedans les cinq ans, il n’y a pas de date butoir. (…) On pèsera pour faire des majorités afin de faire barrage aux transferts de souveraineté par exemple. Et on fera le maximum pourpeser

Après Copé, démissions en cascade à l’UMP

Le départ de Jean-François Copé de la présidence de l’UMP, qui sera effectif dimanche 15 juin, va en entraîner d’autres au sein du parti. Sur les près de 90 permanents en CDI, deux de ses proches vont démissionner en même temps que leur patron : son chef de cabinet, Brice Rabaste, et son directeur de cabinet, Jérôme Lavrilleux, ont tous deux prévu de quitter leurs fonctions lundi 16 juin au matin. Le premier a été élu maire de Chelles (Seine-et-Marne) aux élections municipales et le second au Parlement européen aux européennes.

Autre conséquence de la « chute » de M. Copé : son traditionnel rendez-vousde rentrée, qui se tenait chaque année en août à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), a de bonnes chances d’être annulé cette année.

« Le racisme le plus abject, je l’ai rencontré au Quai d’Orsay »

Tel a été l’affirmation de Zair Kédadouc, ambassadeur de France en Andorre, dans une lettre de démission adressée à François Hollande. Le diplomate d’origine algérienne, qui a grandi dans un bidonville d’Aubervilliers, affirme avoir été l’objet de discriminations de manière constante depuis son arrivée au ministère des Affaires étrangères et avoir été mis perpétuellement à l’écart.

Militant antiraciste de longue date, il a saisi le défenseur des droits et vient de déposer une plainte pénale pour discrimination raciale. En avril, le ministère des Affaires étrangères avait déjà été lourdement condamné pour discrimination politique envers un diplomate chiraquien.

Marc Loriol, sociologue, a co-signé « Splendeurs et misères du travail des diplomates » (Hermann, 2014), une enquête conduite notamment auprès de ceux qui travaillent au Quai d’Orsay. Pour lui, le diplomate français a été victime de racisme, mais aussi d’une forme de racisme de classe.

Dans sa lettre, Zair Kédadouche dépeint un univers « gangrené » par le racisme et les discriminations. Cette ambiance est-elle propre au Quai d’Orsay ?

- Au Quai d’Orsay, il a plusieurs choses qui se combinent. Déjà, il existe une « prime » aux grandes familles, à ceux qui sont diplomates de père en fils. En étudiant les annuaires de diplomates, on observe une surreprésentation des noms à particules, et qu’il est plus facile de faire une belle carrière quand on vient de ces grandes familles.

On a aussi affaire à un milieu très concurrentiel, d’autant plus quand on arrive à des postes enviés. Cela peut exacerber les egos, les tensions. Même si Andorre, où Zair Kédadouche était ambassadeur, n’est pas le poste le plus convoité, il y a un mode de vie agréable, et on est près de la France.

Cette concurrence tient aussi à un système très pyramidal : dans la diplomatie, revenir en arrière est vécu comme un échec, il faut absolument éviter de régresser dans la hiérarchie. La situation de ceux qui ne sont pas dans le moule, les femmes, les personnes issues de l’immigration, peut être utilisée comme un moyen de les dévaloriser. Souvent, les femmes s’en plaignent quand elles grimpent dans la hiérarchie.

On a l’impression que Zair Kédadouche a été traité différemment parce qu’il n’appartenait pas au sérail, est-ce souvent le cas au Quai d’Orsay ?

- Au Quai d’Orsay, il existe une méfiance généralisée envers les nommés « extérieurs », ceux qui ne viennent pas de l’ENA et de la haute fonction publique. On considère qu’ils n’ont pas les compétences et l’expérience suffisantes, qu’ils n’ont pas acquis les ficelles du métier, les savoir-faire nécessaires.

Zair Kédadouche  n’est pas le seul à en avoir fait les frais : l’écrivain Jean-Christophe Rufin [ex-ambassadeur au Sénégal et en Gambie], avait beau avoir une expérience de relations internationales grâce à l’humanitaire, il a fait l’objet de remarques dévalorisantes. D’autres romanciers ont vécu le même sort. Zair Kédadouche, lui, en plus de ne pas avoir suivi le circuit « classique », vient du sport [il a été footballeur professionnel]. Un milieu qu’on est souvent tenu de mépriser ouvertement quand on est haut fonctionnaire, même quand on est amateur de foot !

Dans votre ouvrage, vous n’abordez qu’en filigrane la question des discriminations raciales. Est-ce que cela veut dire qu’elles sont anecdotiques ?

- Non, c’est juste qu’on a peu de données dessus. Pendant les trois ans qu’a duré notre enquête, nous n’avons rencontré que très peu de personnes issues de l’immigration, tout simplement parce qu’elles sont très minoritaires au sein du Quai d’Orsay. Les personnes issues de l’immigration que nous avons interrogées venaient généralement de milieux sociaux très favorisés, leurs parents étaient eux-mêmes diplomates, médecins… Mais malgré leur statut, elles se plaignaient aussi d’être victimes de leur différence.

Ce qu’il faut bien avoir à l’esprit, c’est que Zair Kédadouche, lui, n’est pas seulement victime de racisme, il est aussi victime d’un racisme de classe. Finalement, il cumule les handicaps : il subit à la fois une violence liée au fait qu’il soit issu de l’immigration et une violence liée à son origine sociale.

Avant cette lettre de démission, le diplomate a tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme. Peut-on parler d’une forme d’omerta au sein du ministère ?

- Le Quai d’Orsay est un ministère d’image, de représentation. On contrôle tout ce que disent les diplomates, parce que leur parole peut porter préjudice au ministère, et donc à la France. La communication est souvent très verrouillée. Et puis quand ils sont en fonction, les diplomates n’ont pas le droit de parler en leur nom. C’est vrai partout, mais encore plus au Quai d’Orsay. Pour cette raison, Zair Kédadouche a d’abord dû se décharger de ses fonctions pour pouvoir parler vraiment librement.

Le diplomate réclame l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire. Est-ce aux politiques de se saisir du problème ?

- Oui, car les responsables politiques sont en partie responsables de cette « société de cour », de cet élitisme propre au Quai. Les hommes politiques français ont une conception très traditionnelle des relations internationales : les diplomates sont simplement là pour les mettre en relation avec les plus hautes élites des autres pays.

Ils voient la fonction diplomatique comme un intermédiaire, une sorte d’outil, d’appareil à leur service. Alors que dans les pays anglo-saxons et scandinaves, la diplomatie, c’est d’abord être à l’image de la société que l’on est censé représenter à l’étranger, une société démocratique, ouverte, égalitaire. Que l’on ait une réflexion politique là-dessus en France ne serait donc pas inintéressant.

Propos recueillis par Juliette Deborde

Le nationalisme économique, dernier refuge du racisme

Paris – Le député et ancien ministre UMP Patrick Devedjian a qualifié, samedi sur i-Télé, de gesticulatoire l’action du gouvernement dans l’affaire Alstom, jugeant que le nationalisme économique est le dernier refuge du racisme.


Au début du processus, General Electric propose 12,35 milliards (d’euros), à l’arrivée il propose 12,35 milliards, ils n’ont pas augmenté d’un euro, a déclaré le président du conseil général des Hauts-de-Seine, interrogé en particulier sur le rôle du ministre de l’Economie Arnaud Monterbourg.

C’est très gesticulatoire, cette affaire, parce que l’offre de General Electric, dans la situation d’Alstom, est incontournable (…) L’entreprise n’aurait plus eu de projet si on avait souscrit à l’offre de Siemens, a-t-il jugé.

Interrogé à la fin de l’émission sur la victoire des Bleus au Mondial, il a répondu n’avoir pas regardé le match mais être content pour la France. On n’est pas obligé de faire de la démagogie patriotarde toute la journée comme M. Montebourg… Je pense que le nationalisme économique est le dernier refuge du racisme, a-t-il ajouté.

Selon Patrick Devedjian, l’entrée de l’Etat au capital d’Alstom n’a aucun intérêt. L’Etat est si riche que ça ? a-t-il lancé. Il faudrait plutôt privatiser un certain nombre de chose que nationaliser, car c’est une nationalistation, c’est complètement archaïque.

Le vrai problème, c’est d’avoir la technologie française, l’industrie française (…) ce n’est pas une question de conditions (posées par l’Etat, ndlr), mais de filière industrielle, a-t-il dit.